Nonancourt se lit depuis le pont sur l’Avre : d’un côté l’église Saint-Martin et ses rues étroites, de l’autre les restes des remparts du XIIe siècle, et partout entre les deux, des maisons à pans de bois dont certaines portent encore leurs encorbellements. Ce centre ancien n’est pas un décor : selon l’INSEE (2023), 18,1 % des résidences principales de la commune datent d’avant 1919, et 10,7 % de l’entre-deux-guerres. Sur ces murs — pans de bois et torchis, moellon calcaire, brique de faubourg — la seule famille de matériaux qui convienne est celle de la chaux. Beaucoup ont pourtant reçu, dans les décennies 1960-1980, des enduits ciment posés de bonne foi, qui étouffent aujourd’hui les bois et les maçonneries.
Le site aggrave le problème. Nonancourt occupe une cuvette au sol calcaire, marécageuse à l’origine à cause d’un limon argileux, entre 97 et 152 mètres d’altitude, traversée par l’Avre et ses bras. L’air y circule peu, les brumes s’y attardent, et les murs qui touchent la nappe boivent par capillarité : auréoles, salpêtre et enduits qui cloquent sur le premier mètre sont la signature des rues basses. Un façadier qui pose ici un revêtement étanche sur un mur ancien fabrique un sinistre à retardement.
Autour du noyau, la ville a grandi vers Saint-Lubin-des-Joncherets, avec laquelle elle forme une seule unité urbaine, et sur les pentes du plateau : maisons de ville en brique du XIXe, puis lotissements des années 1971-1990, qui représentent 29,7 % du parc. Sur ces enduits monocouches, les pathologies sont celles du pavillonnaire — faïençage, farinage, verdissement côté nord — et leur traitement n’a rien à voir avec celui d’un pan de bois du centre. Deux bâtis, deux métiers, dans une commune de 7 kilomètres carrés.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
Nonancourt est née de la frontière. Henri Ier d’Angleterre y bâtit un château pour tenir les seigneurs du Thymerais, et en 1169 Henri II Plantagenêt fortifie toute la ligne de l’Avre — Verneuil, Tillières, Nonancourt — face au royaume de France. Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion y signent une trêve en 1189, puis le roi de France assiège la ville en 1196 : des remparts du XIIe siècle, il reste des pans visibles, et de cette fonction militaire, un plan de ville serré, défensif, aux rues étroites.
La paix revenue, la ville devient bourg de foires — droit accordé en 1290 — et relais de poste sur la route de Paris à la Bretagne ; c’est à Nonancourt qu’en 1715 Jacques Stuart, prétendant aux couronnes d’Angleterre, échappe à une embuscade grâce à la femme du maître de poste. De cette prospérité d’étape datent les maisons à pans de bois du centre et l’immeuble du XVe siècle de la place Aristide-Briand, inscrit monument historique. Le XIXe siècle ajoute la brique et la gare ; le XXe, les lotissements du plateau et le rattachement, par la géographie plus que par le département, à l’agglomération de Dreux.