Anet est un bourg de château. Le domaine bâti par Philibert Delorme pour Diane de Poitiers entre 1547 et 1555 a donné au village sa grille de rues, sa place et une bonne part de ses matériaux : brique rouge et calcaire blanc en alternance, pierre de taille aux encadrements, enduits clairs sur moellon. Ce vocabulaire se lit encore rue Diane-de-Poitiers et autour de l’église Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte, et il est protégé : le château et l’église sont classés monuments historiques, et le bourg relève d’une aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine. Selon l’INSEE (2023), 14,6 % des résidences principales datent d’avant 1919 — un bâti ancien réel, pas seulement un décor touristique.
Mais la statistique la plus parlante est ailleurs : 39,0 % des résidences principales d’Anet ont été construites entre 1971 et 1990. C’est la part la plus élevée de toute notre zone. Le bourg a doublé pendant ces vingt années, avec des lotissements d’enduits monocouches vers la forêt de Dreux et vers Ézy-sur-Eure, et cette génération vieillit d’un seul bloc : faïençage sur les faces ouest, farinage, traces noires sous les appuis, mousses côté forêt. Le façadier d’Anet est d’abord un spécialiste de l’enduit monocouche en fin de cycle.
Entre les deux, la vallée de l’Eure. Anet est au bord de la rivière, à la lisière d’un site Natura 2000 de pelouses calcicoles : sol calcaire, drainant sur les coteaux, humide en fond de vallée. Les maisons des rues basses connaissent la capillarité, celles des hauts le vent d’ouest et l’ombre de la forêt. Avec 77,8 % de maisons et deux tiers de propriétaires occupants, la décision de ravaler se prend ici en famille — et c’est à elle que nous parlons.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
Le pays d’Anet fut d’abord forêt — la forêt de Crothais, devenue forêt de Dreux — avant que le village ne se peuple au Moyen Âge, aux confins des cités de Chartres et d’Évreux. Tout bascule au milieu du XVIe siècle : Henri II offre le domaine à Diane de Poitiers, qui fait bâtir par Philibert Delorme l’un des chefs-d’œuvre de la Renaissance française. Le château structure le bourg, attire artisans et commerces, et impose son alternance de brique et de pierre à des générations de maisons.
Le XIXe siècle ajoute les maisons de bourg en brique, la mairie, les ateliers ; le XXe, après la guerre, les premiers pavillons, puis l’explosion des années 1971-1990 qui fait d’Anet une commune de l’aire d’attraction de Paris. Résultat : un centre Renaissance et XIXe protégé, enveloppé d’un pavillonnaire récent — deux façons de ravaler, à quelques centaines de mètres l’une de l’autre.