Breteuil est d’abord une ville de brique. Le bourg ancien, serré autour de la collégiale Saint-Sulpice, de la place et de l’étang, aligne des maisons de brique rouge aux joints clairs, souvent mêlée de silex en soubassement ou en remplissage, avec quelques pans de bois et des encadrements de calcaire. Selon l’INSEE (2023), 21,5 % des résidences principales datent d’avant 1919 — la part la plus forte de notre zone — et 9,9 % de l’entre-deux-guerres. Ces façades ont bien vieilli tant qu’on les a laissées respirer ; là où une peinture ou un enduit ciment est venu les couvrir dans les années 1960-1980, la brique s’écaille et les joints se creusent sous le film.
La commune nouvelle de 2016 a ajouté deux villages : Cintray et La Guéroulde, avec leurs longères et leurs corps de ferme en silex, torchis et brique, isolés sur les terres du plateau, exposés au vent et aux pluies d’ouest. Sur ce bâti rural, la règle est celle de tout le sud de l’Eure — traiter le terrain et l’humidité de pied de mur avant la façade, enduits terre-chaux, maçonneries apparentes respectées.
L’eau structure le reste. L’Iton traverse Breteuil en plusieurs bras — le bras Force de Breteuil, le Rouloir, les cours d’eau de Sauve-qui-Peut — et l’étang du centre dit assez combien le sol est chargé : capillarité dans les rues basses, mousses sur les faces nord, séchages lents à l’ombre de la forêt de Breteuil qui borde la commune. Enfin, une donnée que les autres villes n’ont pas à ce point : 12,1 % de logements vacants. Beaucoup de maisons anciennes attendent une reprise, souvent après une succession, et leur façade est le premier chantier qui décide de la suite.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
Breteuil fut une place forte normande dès le XIe siècle — Britullum dans les chartes de Raoul de Conches —, fortifiée par Guillaume le Conquérant qui la confia à Guillaume Fils-Osbern, et disputée pendant toute la guerre entre Plantagenêts et Capétiens, puis pendant la guerre de Cent Ans : le traité de 1359 entre le roi Jean et Édouard III la cite encore. De cette ville-forteresse subsistent le plan serré du bourg, l’étang issu des anciennes douves et la collégiale Saint-Sulpice.
La forêt et l’Iton ont fait le reste : forges, moulins, tanneries le long des bras de la rivière, puis au XIXe siècle la brique des maisons de bourg et des ateliers, cuite dans les briqueteries du pays. Le XXe siècle a été plus discret qu’ailleurs — un quart des logements datent des années 1946-1970, un autre quart des années 1971-1990 — et la fusion de 2016 avec Cintray et La Guéroulde a rattaché au bourg deux villages de longères qui racontent le sud de l’Eure rural. Résultat : une commune où l’ancien domine, et où le façadier est d’abord un restaurateur.