Il suffit de longer la tour de la Madeleine pour comprendre ce qui rend Verneuil unique : cette teinte rousse, presque rouille, qui colore les murs anciens de la vieille ville. C’est le grison — un poudingue ferrugineux extrait localement, dur en cœur mais sensible en surface, que l’on retrouve en soubassements, en chaînages, parfois en murs entiers, marié à la brique, au silex et au pan de bois. Ce matériau ne pardonne pas l’à-peu-près : un joint ciment l’étouffe et le fait éclater par plaques, un nettoyage haute pression arrache sa peau oxydée, un enduit inadapté le condamne à pourrir en silence. La plupart des façadiers ne l’ont jamais travaillé ; nous en avons fait une spécialité.
Autour de ce cœur de pierre rousse, la vieille ville déroule son tracé de place forte : rues serrées dans l’ancien tracé des fossés, maisons à pans de bois et encorbellements, hôtels particuliers, murs de clôture qui mélangent grison, silex et brique sur trois siècles. Un bâti dense, ancien — selon l’INSEE (2023), 21,6 % des résidences principales de la commune datent d’avant 1919 — et exigeant, où chaque façade appelle un diagnostic matériau par matériau.
Les couronnes du XXe siècle complètent le tableau : villas de brique du côté de la gare, héritage de la ligne Paris-Granville, puis lotissements pavillonnaires des années 1970-1990 dont les enduits monocouches arrivent en fin de cycle. Et depuis 2017, la commune nouvelle de Verneuil d’Avre et d’Iton englobe Francheville : longères, corps de ferme, torchis et silex — un versant rural où les règles du bâti ancien s’appliquent pleinement.
Avec 62,7 % de maisons individuelles et près d’un logement sur deux antérieur à 1970, Verneuil est une ville de propriétaires de murs anciens. Notre travail y consiste moins à vendre un ravalement qu’à choisir le bon geste pour chaque mur — et à refuser les mauvais.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
Verneuil naît au XIIe siècle comme place forte : Henri Ier Beauclerc en fait un verrou de la frontière normande face au domaine royal, sur la ligne de l’Avre. La ville en garde un plan en damier ceinturé de fossés — dont certains sont encore en eau — et une silhouette dominée par la tour de la Madeleine, chef-d’œuvre du gothique flamboyant. Le grison, extrait des environs, a servi de pierre de base à cette ville de frontière : églises, soubassements, murs d’enceinte.
Les siècles suivants ont superposé les strates : pans de bois de la ville marchande, brique des faubourgs et des villas de la gare au XIXe, pavillons de l’après-guerre. En 2017, la fusion avec Francheville a donné naissance à Verneuil d’Avre et d’Iton — le nom administratif actuel — en ajoutant au parc un bâti rural de longères et de fermes du plateau. Pour le façadier, c’est une ville-musée des matériaux du sud de l’Eure : grison, silex, torchis, brique et enduits anciens s’y côtoient à quelques rues d’écart.