Aux Andelys, la géographie a écrit le cahier des charges du façadier. Le Petit-Andely s’étire sur la berge de la Seine, au pied de l’éperon qui porte Château-Gaillard : rues anciennes serrées entre fleuve et falaise, maisons à pans de bois, calcaire clair, église Saint-Sauveur à quelques mètres de l’eau. Tout y vit au rythme du fleuve — brumes matinales, pluies portées par les vents qui remontent la vallée.
Le Grand-Andely s’est développé en retrait, dans le vallon du Gambon, autour de la collégiale Notre-Dame : un tissu de bourg plus dense, où la brique s’appareille avec le calcaire et le silex, où les maisons de ville du XIXe côtoient les enduits anciens. L’air y circule moins que sur la berge, le fond de vallon garde la fraîcheur — et les pieds de murs s’en souviennent.
Entre les deux pôles, les falaises de craie referment le site. Elles font le paysage — la vue depuis Château-Gaillard est l’une des plus célèbres de Normandie — mais aussi l’hydrologie : l’eau du plateau ruisselle vers les pieds de coteau et vient travailler les murs adossés à la pente. Plus haut, le plateau porte les lotissements du XXe siècle, dont les enduits des années 1970-1990 entrent dans l’âge des reprises.
Les chiffres confirment la promenade : selon l’INSEE (2023), 52,4 % des résidences principales des Andelys datent d’avant 1970, et 13,1 % d’avant 1919. Ville de bâti ancien, de matériaux apparents et de secteurs protégés : le réflexe « enduit neuf et peinture pour tout le monde » y ferait des dégâts. Nous pratiquons l’inverse — identifier le support, comprendre son eau, puis choisir le geste.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
Tout part de la falaise. En 1196-1198, Richard Cœur de Lion fait bâtir Château-Gaillard pour verrouiller la Seine face au roi de France, et fonde dans le même mouvement le bourg neuf du Petit-Andely entre fleuve et éperon. Le Grand-Andely, plus ancien, s’était établi bien avant dans le vallon du Gambon ; il se donnera au fil des siècles sa collégiale Notre-Dame, aux façades sculptées, et un tissu de bourg marchand.
De cette histoire double, la commune — unifiée à la Révolution — garde deux parcs distincts : pans de bois et calcaire côté Seine, brique, pierre et enduits anciens côté vallon. Les combats et incendies de juin 1940 ont meurtri une partie du tissu ancien, reconstruit ensuite par touches, sans effacer le caractère des deux bourgs. Le XXe siècle a ajouté les pavillons du plateau et des entrées de ville : troisième parc, troisième manière de traiter une façade — mais toujours sous le regard de la forteresse.