Évreux ne se ravale pas d’un seul geste, parce qu’Évreux n’est pas une seule ville. Autour de la cathédrale Notre-Dame et du beffroi subsiste le bâti ancien qui a survécu aux destructions : maisons à pans de bois, brique ancienne, moellon calcaire, enduits à la chaux. Ces murs-là respirent, bougent, vivent avec l’humidité de la vallée de l’Iton — et se dégradent vite quand on leur applique les recettes du neuf, à commencer par les enduits ciment posés de bonne foi dans les décennies d’après-guerre.
Tout autour, le centre reconstruit des années 1950 impose une autre logique : îlots réguliers, façades de brique et de béton aux gabarits normés, modénatures simples. Ce parc de la Reconstruction, aujourd’hui septuagénaire, arrive collectivement à l’âge des désordres : joints de brique fatigués, bétons qui carbonatent, appuis et corniches qui s’effritent. Il représente une part considérable des façades du centre — et presque personne n’en parle comme d’un patrimoine à entretenir, alors qu’il en est un.
Viennent enfin les couronnes résidentielles : Navarre et Saint-Michel côté faubourgs pavillonnaires, Nétreville et ses maisons d’après-guerre, La Madeleine et ses grands ensembles des années 1960-1970. Sur ces enduits monocouches et ces crépis projetés, les pathologies sont celles du pavillonnaire normand — faïençage, farinage, verdissement des faces nord — mais leur traitement n’a rien à voir avec celui d’un pan de bois du centre.
Selon l’INSEE (2023), Évreux compte 26 758 logements dont 29,1 % seulement de maisons individuelles : ici, plus qu’ailleurs dans le département, le ravalement est souvent une décision collective — copropriété, syndic, bailleur. Nous connaissons ces circuits de décision, et notre proximité immédiate (notre base est aux portes de la ville) rend le suivi quotidien naturel.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
En juin 1940, le centre d’Évreux brûle sous les bombardements ; la ville subit de nouvelles destructions en 1944. La reconstruction, menée dans les années 1950, redessine le cœur de ville en îlots réguliers de brique et de béton — un urbanisme volontaire, homogène, daté et identifiable au premier coup d’œil. C’est une singularité départementale : aucune autre ville de l’Eure ne porte un parc de la Reconstruction de cette ampleur.
Le bâti antérieur n’a pas disparu pour autant : autour de la cathédrale, de l’évêché et du beffroi, des maisons anciennes témoignent de l’Évreux d’avant-guerre, tandis que les faubourgs — Navarre, Saint-Michel — ont gardé leur tissu de maisons de ville et de pavillons du début du XXe siècle. Les décennies suivantes ont ajouté les grands ensembles de La Madeleine puis les lotissements périphériques : trois générations de façades, trois cahiers des charges pour le façadier.