Regardez une maison du Neubourg depuis la rue, puis faites-en le tour : vous ne verrez pas le même bâtiment. Sur cette plaine céréalière ouverte — pas de vallée, pas de coteau, et depuis les remembrements plus beaucoup de haies — rien n’arrête les vents d’ouest et de sud-ouest chargés de pluie. Les façades qui leur font face reçoivent, année après année, une quantité d’eau battante que les faces abritées ne connaîtront jamais : enduits délavés, joints creusés, peintures usées jusqu’à la trame — quand la face opposée, du même âge, paraît dix ans plus jeune. Cette usure différentielle est la clé de lecture de tout chantier de façade au Neubourg.
Le bâti, lui, se répartit en trois cercles. Au centre, le bourg-marché : maisons de brique et de silex du XIXe siècle alignées sur les rues commerçantes, immeubles de bourg à rez-de-chaussée commercial — un parc où, selon l’INSEE (2023), les propriétaires occupants ne représentent que 41,5 % des résidences principales : ici, on ravale souvent pour un bailleur ou une indivision, avec des locataires en place. Autour, la couronne pavillonnaire : la tranche 1971-1990 est la plus représentée de la commune (26,8 % des résidences principales), et ces enduits monocouches quinquagénaires arrivent ensemble en fin de cycle. Au-delà enfin, la frange agricole : longères, corps de ferme et granges en silex, brique et torchis, souvent magnifiques, souvent réparés au ciment par le passé — à tort.
Trois cercles, trois métiers : la brique de bourg se rejointoie et se protège, l’enduit de pavillon se remet en protection avant que les fissures ne s’installent, et le bâti rural se traite à la chaux, en respectant sa respiration. Ce qui ne change pas d’un cercle à l’autre, c’est la boussole : au Neubourg, on chiffre façade par façade, orientation par orientation.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
Le Neubourg s’est construit comme place de marché du plateau : un bourg médiéval — l’église Saint-Paul et les vestiges de son vieux château en témoignent — devenu au fil des siècles le point de rendez-vous commercial d’une des plaines agricoles les plus riches de Normandie. Le XIXe siècle prospère a laissé l’essentiel du centre actuel : maisons et immeubles de bourg en brique, parfois mêlée de silex, alignés sur les rues qui convergent vers la place du marché.
La seconde moitié du XXe siècle a ajouté les couronnes pavillonnaires — avec un pic dans les années 1970-1980, la tranche la plus représentée du parc selon l’INSEE — puis les lotissements récents, la commune restant attractive pour les actifs du triangle Évreux–Louviers–Elbeuf. Tout autour, le plateau garde son patrimoine rural : corps de ferme à cour carrée, longères et granges dont les murs de silex et de torchis ont traversé les siècles… à condition qu’on ne les étouffe pas sous des enduits modernes.