Conches-en-Ouche a une particularité unique dans notre zone : son centre ancien est bâti sur un éperon, enserré dans une boucle du Rouloir, et présente ses façades au vide — vers les étangs, la vallée, le plateau. Conséquence très concrète : l’exposition change du tout au tout d’une rue à l’autre, parfois d’un pignon à l’autre de la même maison, et l’usure suit. Un diagnostic sérieux ne se fait pas ici depuis le trottoir : il fait le tour complet du bâtiment.
La matière locale ajoute sa propre exigence. Le grison — cette pierre ferrugineuse rousse, presque rouillée, emblématique du Pays d’Ouche — compose une partie des murs anciens du bourg, seul ou appareillé avec la brique et le silex. C’est un matériau poreux, irrégulier, attachant, que les réparations au ciment des décennies passées ont souvent abîmé plus qu’elles ne l’ont protégé : le joint trop dur reporte l’érosion sur la pierre, et la croûte étanche piège l’humidité derrière elle. S’y ajoutent les pans de bois et les enduits anciens des ruelles autour de la rue Sainte-Foy, soumis aux mêmes règles de perspirance que tout le bâti ancien normand.
Autour de l’éperon, la commune raconte une autre histoire : faubourgs d’entrée de ville, lotissements du plateau élevés surtout entre 1971 et 1990 (un quart des résidences principales selon l’INSEE 2023), et hameaux agricoles où dominent longères et corps de ferme — le versant T5 du territoire. Selon l’INSEE (2023), 70,9 % des 2 586 logements de la commune sont des maisons, et 40,8 % des résidences principales datent d’avant 1970 : ici, le bâti qui a besoin de savoir-faire ancien n’est pas l’exception, c’est le fonds de commerce du façadier.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
Place forte des comtes de Conches dès le XIe siècle, la ville s’est installée sur son éperon pour se défendre : le donjon, dont les vestiges dominent toujours la vallée du Rouloir, et le tracé serré des rues du centre en témoignent. L’église Sainte-Foy, joyau gothique à la flèche élancée et aux vitraux renommés, a fixé le cœur du bourg — et fixe aujourd’hui les règles de covisibilité qui s’appliquent aux façades alentour.
Le bâti a suivi les siècles : maisons à pans de bois et murs de grison dans le noyau médiéval, brique des reconstructions et des faubourgs du XIXe, arrivée du chemin de fer et son quartier de gare, puis les vagues pavillonnaires du plateau à partir des années 1960. Chaque strate a ses murs, ses liants et ses pathologies — et la plus ancienne, celle de l’éperon, est aussi la plus exigeante : elle n’admet ni le ciment, ni les revêtements qui l’empêchent de respirer.