Gaillon s’est construite là où le plateau plonge vers la Seine : un bourg de pied de coteau, serré entre la craie et la vallée. Les rues anciennes qui grimpent vers le château alignent des maçonneries mêlées — brique rouge, calcaire clair, silex en remplissage — dont les joints encaissent depuis des générations l’eau qui descend du coteau. En bas de ces murs, la lecture est constante : soubassements sombres, auréoles, sels blanchâtres après les pluies. Le haut vieillit normalement ; le premier mètre vieillit deux fois plus vite.
La craie ajoute sa part. Le sous-sol du bourg est creusé de caves et de celliers taillés dans le coteau : des volumes frais et humides qui entretiennent une migration d’eau permanente dans les murs qui les surplombent. Traiter une façade de Gaillon sans se demander ce qu’il y a dessous, c’est soigner la moitié du problème.
Autour de ce noyau ancien, la ville s’est fortement étendue après 1970 : selon l’INSEE (2023), 37,9 % des résidences principales datent de la période 1971-1990 — lotissements pavillonnaires sur les hauts, petits collectifs, enduits monocouches et crépis projetés. Cette génération entière arrive aujourd’hui, presque en même temps, à l’âge du premier grand ravalement : farinage, microfissures, teintes passées. Avec 42,6 % de maisons individuelles seulement, Gaillon compte aussi un parc collectif notable, où la décision de ravaler passe par la copropriété.
Deux métiers cohabitent donc ici : la conservation des maçonneries anciennes de pied de coteau — rejointoiement, assainissement, matière laissée apparente — et la remise en protection des enduits des décennies 1970-1990. Nous pratiquons les deux, à vingt-cinq minutes de notre base.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
L’histoire du bâti gaillonnais commence par un chantier hors norme : au tout début du XVIe siècle, le cardinal Georges d’Amboise, archevêque de Rouen, fait élever au-dessus du bourg le premier château Renaissance de France. Le chantier attire tailleurs de pierre et artisans, et fixe durablement la silhouette de la ville : un bourg-rue au pied du monument, sur l’axe historique Paris-Rouen.
De cette longue histoire d’étape routière, Gaillon garde un centre ancien de brique, de calcaire et de silex — auberges, maisons de bourg, murs de clos — bâti pour durer mais dépendant de ses joints. Les XIXe et XXe siècles ont ajouté les faubourgs, puis les décennies 1970-1990 ont fait basculer la ville dans une autre échelle : la population s’installe sur les hauts, en lotissements et petits collectifs, dans un parc enduit qui vieillit aujourd’hui d’un seul bloc. Le façadier de Gaillon travaille ainsi sur cinq siècles d’écart, parfois dans la même rue.