Dreux ne ressemble à aucune autre ville de notre zone, et la raison tient en un chiffre : selon l’INSEE (2023), 57,7 % de ses 14 318 logements sont des appartements. Là où Pacy ou Le Neubourg sont des villes de pavillons, Dreux est une ville d’immeubles — et donc de copropriétés, de syndics et d’assemblées générales. Le façadier qui y travaille doit savoir chiffrer une cage d’escalier entière, présenter un devis lisible par trente copropriétaires et tenir un calendrier qui dépend d’un vote. C’est un métier à part entière, et c’est celui que nous apportons à Dreux.
Le parc lui-même raconte trois époques. Le centre ancien, autour du beffroi et de l’église Saint-Pierre, garde du calcaire, de la brique et quelques pans de bois, dans un tissu serré de rues commerçantes où l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France pèse sur chaque projet. Puis viennent les immeubles des années 1946-1970 — un tiers des résidences principales — en brique et en béton, dont les joints, les balcons et les acrotères arrivent à l’âge des premiers désordres : carbonatation, épaufrures, enduits fatigués. Enfin, les lotissements et les petits collectifs des années 1971-1990, près de trois logements sur dix, en enduits monocouches qui faïencent et farinent sur les faces exposées.
La géographie ajoute sa couche. Dreux est posée dans une cuvette, au confluent de la Blaise, de l’Avre et de l’Eure : les quartiers bas gardent une hygrométrie de fond de vallée, pieds de murs qui boivent, mousses côté nord ; les plateaux des Bâtes ou des Rochelles prennent au contraire le vent d’ouest de plein fouet. Une même façade, selon qu’elle regarde la rivière ou le plateau, ne vieillit pas au même rythme — et le diagnostic commence par la situer.
Ce que l’histoire a laissé sur les murs
Civitas des Durocasses, Dreux fut d’abord une ville de frontière entre Normandie et domaine royal, puis la ville des comtes de Dreux, cousins des Capétiens. Du siège de 1421 par Henri V d’Angleterre, le centre ne garda que peu de choses : l’église Saint-Pierre fut largement rebâtie au XVe siècle, et c’est le XVIe qui donna à la ville son signe le plus visible, le beffroi élevé par Clément Métezeau à partir de 1512 — l’un des rares beffrois municipaux de cette qualité au sud de la Seine, classé monument historique.
Le XIXe siècle fit de Dreux une ville de garnison et de chemin de fer, et la famille d’Orléans y installa sa nécropole dans la chapelle royale Saint-Louis, sur l’emplacement du château. Puis vint le XXe siècle industriel : usines de radio et de pharmacie, afflux de main-d’œuvre, et pour la loger, les grands ensembles des années 1960 sur les plateaux — les Bâtes, Les Rochelles, puis les Chamards. Cette ville-là, celle des immeubles, pèse aujourd’hui plus lourd dans le parc que la ville historique : c’est elle qui définit le métier de façadier à Dreux.