Saison

Gel et façade : ce que l’hiver fait à l’enduit, à la brique, à la pierre

Publié le · 8 min de lecture
Photo d’illustration : façade ancienne après un hiver humide

Le gel n’abîme pas une façade sèche ; il abîme une façade qui a bu, parce que l’eau qui gèle dans un enduit, un joint ou une pierre augmente de volume et fait éclater ce qui la retient. Euréa Façades est une entreprise familiale de ravalement et de nettoyage de façade basée à Angerville-la-Campagne, aux portes d’Évreux (Eure), et les désordres que nous diagnostiquons en avril se sont presque tous préparés entre novembre et février. Voici comment, et sur quels murs.

Comment le gel abîme-t-il une façade ?

L’eau prend du volume en gelant. Logée dans les pores d’un enduit, dans un joint ou dans une pierre, elle pousse sur les parois à chaque gel et relâche à chaque dégel. Dix cycles dans un hiver suffisent à décoller un enduit mal accroché ou à faire éclater une brique tendre.

Le mécanisme a besoin de deux choses : de l’eau dans le matériau et un passage sous zéro. L’Eure fournit les deux de novembre à mars, avec des hivers humides et des gelées nocturnes fréquentes sur les plateaux, comme le montrent les relevés de Météo-France. Ce n’est pas le grand froid qui fait le plus de dégâts, c’est l’alternance : une nuit à moins trois, une journée de pluie à plus six, et ainsi de suite.

Quelles façades sont les plus exposées ?

Celles qui retiennent l’eau : façades nord et ouest qui ne sèchent pas, pieds de murs qui boivent par capillarité, enduits poreux ou fissurés, joints creusés, mousses installées, appuis de fenêtres sans goutte d’eau. Et celles dont le matériau est gélif.

Par matériau, le risque se lit ainsi :

  • L’enduit : un enduit sain et adhérent résiste bien ; un enduit faïencé ou cloqué laisse entrer l’eau derrière lui et se décolle par plaques au dégel. Un enduit ciment sur un mur ancien qui ne respire pas piège l’eau et accélère tout.
  • La brique : certaines briques de pays, tendres et poreuses, sont gélives et s’effritent en surface ; les joints au ciment, plus durs que la brique, reportent la contrainte sur elle. Notre guide sur la brique normande explique pourquoi on ne rejointoie pas une brique ancienne au ciment.
  • La pierre calcaire : la craie et les calcaires tendres de l’Eure s’effeuillent sous le gel quand ils sont gorgés d’eau. Le guide de la pierre calcaire détaille les cas.
  • Le silex et la meulière : eux ne craignent rien ; ce sont leurs joints qui souffrent. Un joint dégradé laisse l’eau derrière les moellons.
  • Le pan de bois : le bois supporte le gel, pas le hourdis gorgé d’eau entre les poteaux, ni un enduit ciment qui l’emprisonne.

Quels sont les signes au printemps ?

Des éclats de brique ou de pierre au pied du mur, un enduit qui sonne creux ou qui tombe par plaques, des joints qui se vident en sable, une efflorescence blanche là où l’eau est ressortie, et des fissures qui se sont ouvertes. Tous ces signes se photographient et se comparent d’une année sur l’autre ; aucun ne se traite le lendemain d’une gelée.

Dans les vallées humides, à Louviers, à Pont-Audemer ou le long de l’Avre à Nonancourt, les pieds de murs cumulent capillarité et gel : ce sont les premiers mètres de façade qu’il faut regarder en mars.

Que faire avant l’hiver pour limiter les dégâts ?

Retirer l’eau et fermer ses entrées. Concrètement, avant décembre : démousser, parce qu’une mousse est une éponge collée au mur ; vérifier gouttières et descentes, qui arrosent le mur quand elles débordent ; reboucher les fissures ouvertes et reprendre les joints creusés, tant que les températures le permettent ; dégager le pied des murs de la terre et des plantations qui l’humidifient. Et, sur un mur sain et propre, poser un hydrofuge qui limite l’eau absorbée, donc l’eau qui gèle.

Le nettoyage de façade à l’automne a précisément ce sens : il ne s’agit pas seulement d’esthétique mais d’enlever ce qui retient l’eau avant les gelées. Faut-il traiter avant l’automne ? répond au détail.

Et pendant l’hiver, que peut-on faire ?

Observer, protéger, documenter. Un nettoyage reste possible les jours doux, hors gel annoncé. Une bâche sur une rive ouverte ou un enduit qui se décolle évite que l’eau continue d’entrer. Les photos datées serviront au diagnostic. Les réparations, elles, attendent : un enduit ou un mortier de rejointoiement posés à moins de 5 °C ne font pas leur prise, comme l’explique notre réponse sur le ravalement en hiver. C’est aussi la bonne saison pour préparer le dossier du printemps.

Faut-il s’inquiéter d’une fissure apparue après le gel ?

Pas forcément. Une microfissure superficielle dans un enduit est un signe d’usure ; une fissure traversante qui s’est ouverte pendant l’hiver mérite un diagnostic, parce que le gel a pu aggraver un désordre qui vient d’ailleurs, du sol ou d’une infiltration. Lire une fissure demande de la regarder au sec, au printemps, avec un témoin posé si nécessaire. Tout ce que nous observons reste « à confirmer sur place » avant conclusion.

En résumé

  • Le gel abîme les façades humides : l’eau qui gèle dans l’enduit, les joints ou la pierre les fait éclater au fil des cycles gel-dégel.
  • Briques tendres, calcaires, enduits fissurés, joints creusés, pieds de murs humides et mousses installées sont les points faibles ; silex et meulière résistent, leurs joints non.
  • Avant l’hiver : démousser, vérifier les évacuations d’eau, fermer les fissures et joints, dégager les pieds de murs, hydrofuger un mur sain ; pendant l’hiver : protéger et documenter ; réparer au printemps.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une pierre ou une brique gélive ?

Un matériau qui absorbe l’eau et dont les pores éclatent quand elle gèle. Certaines briques tendres et certains calcaires le sont. Le signe : des éclats ou un effeuillage en surface après l’hiver, souvent sur les parties les plus exposées à la pluie.

Un hydrofuge protège-t-il du gel ?

Oui, sur un mur sain : il limite l’eau que le support absorbe, donc l’eau qui peut geler. Il ne fait rien contre l’eau qui entre par une fissure, un joint ouvert ou par le pied du mur. On traite d’abord les entrées d’eau.

Les dégâts du gel sont-ils couverts par l’assurance ?

Le gel qui use une façade n’est pas un sinistre mais de l’entretien, sauf événement reconnu catastrophe naturelle par arrêté, ce qui est rare pour le gel. Le diagnostic distingue l’usure du dommage accidentel.

Peut-on réparer une façade abîmée par le gel en hiver ?

Les mesures conservatoires oui, les réparations non : un enduit ou un mortier de rejointoiement posés à moins de 5 °C ne font pas leur prise. On protège, on documente, on répare au printemps.

Sources

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